Le motif économique peut avoir trois types d’incidences sur l’emploi. Il peut entraîner une suppression d’emploi, une transformation d’emploi (cas rare) ou une modification d’un élément essentiel du contrat de travail.
Le licenciement économique résultera ainsi d’une suppression d’emploi, d’une transformation d’emploi ou d’une modification, refusée par le salarié, d’un élément essentiel du contrat de travail (L1233-3 du code du travail).
La matérialité de la suppression d’emploi, de la transformation d’emploi ou de la modification d’un élément essentiel du contrat de travail s’apprécie au niveau de l’entreprise.
1. La suppression d’emploi
Dans le cas d’une suppression d’emploi, il se peut que le poste disparaisse complètement avec les tâches correspondantes.
Exemple : une société exploite un café littéraire. En raison de difficultés économiques, la société décide d’arrêter l’activité restauration. La cessation de l’activité restauration va entraîner la suppression du poste de travail de cuisinier (Cass. Soc. 16.05.2018, N° 17-13.246).
Il est également possible que, bien que le poste soit supprimé, les tâches soient maintenues. Tel est le cas si l’employeur décide de répartir les tâches entre les autres salariés de l’entreprise (Cass. Soc. 12.01.2012, N° 10-21.101) ou de regrouper des emplois (Cass. Soc. 01.02.2023, N° 21-18.7891En l’espèce, l’emploi de gestionnaire paye/RH occupé par la salariée avait été regroupé avec celui de directeur administratif et financier existant dans l’entreprise, ce dont il résultait que l’emploi de la salariée avait été réellement supprimé.).
La suppression d’un poste, même si elle s’accompagne de l’attribution des tâches accomplies par le salarié licencié à un autre salarié demeuré dans l’entreprise, est une suppression d’emploi (Cass. Soc. 01.04.2023, N° 21-10.391).
Il peut être décidé d’avoir recours à la sous-traitance. Le recours à des prestataires extérieurs, pour exercer les fonctions du salarié, constitue également une suppression de poste (Cass. Soc. 16.02.2022, N° 20-20.796 ; Cass. Soc. 17.12.2008, N° 07-43.974). Il peut aussi être décidé d’avoir recours au bénévolat.
Exemple : compte tenu des difficultés économiques, une pharmacienne décide de supprimer le poste de préparatrice salariée. Cette fonction sera désormais assumée par son mari qui travaillera comme collaborateur bénévole (Cass. Soc. 20.01.1998, N° 94-45.094).
Il n’est pas non plus interdit de créer de nouveaux emplois, parallèlement à la suppression d’autres postes. Bien évidemment, ces nouveaux emplois devront être différents de ceux supprimés.
Exemple : la société traverse des difficultés économiques. Pour y faire face, il est décidé de réorganiser l’entreprise. Le poste de chef-comptable disparaît pour permettre la création d’un secrétariat général. L’exécution des tâches comptables sera confiée à un cabinet extérieur (CE. 05.12.1986, N° 62007).
⚠️ En pratique, le salarié qui occupe le poste supprimé ne sera pas forcément celui qui sera finalement licencié. En effet, pour décider quelles personnes seront licenciables, l’employeur doit appliquer des critères d’ordre des licenciements, quand bien même le licenciement économique serait individuel.
En effet, lorsque l’employeur procède à un licenciement pour motif économique, il doit prendre en compte, dans le choix du salarié concerné, les critères d’ordre des licenciements, lesquels doivent être appréciés dans la catégorie professionnelle à laquelle appartient le salarié2La catégorie professionnelle concerne l’ensemble des salariés qui exercent dans l’entreprise des fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune..
Exemple : une société emploie plusieurs salariés appartenant à la catégorie professionnelle « ouvriers de production », dont l’un d’entre eux exerce les fonctions de régleur. La société décide de supprimer ce poste de régleur. Pour désigner quelle personne sera licenciée, l’employeur devra appliquer des critères d’ordre des licenciements au sein de la catégorie professionnelle « ouvriers de production ». Le salarié qui occupe le poste de régleur ne sera donc pas nécessairement celui qui sera licencié. Tout dépendra du nombre de points obtenus par celui-ci en application des critères d’ordre des licenciements (Cass. Soc. 27.11.2019, N° 18-21.199).
2. La modification du contrat de travail
Le licenciement économique peut également résulter d’une modification, refusée par le salarié, d’un élément essentiel du contrat de travail.
Cette modification peut, par exemple, concerner la rémunération.
Il peut également s’agir d’une proposition de modification du lieu de travail en raison de la fermeture d’un établissement.
Exemple : pour raisons économiques, l’employeur est contraint de fermer l’un de ses établissements situé à Châteauvillain (Haute-Marne). Il propose au salarié de Châteauvillain un changement de son lieu de travail, en lui proposant un poste au sein de son établissement de Cahan (Orne). Le salarié refuse la proposition. L’employeur le licencie pour motif économique (Cas. Soc. 28.10.2015, N° 14-17.712).
3. La transformation d’emploi
La transformation d’emploi est un cas beaucoup moins fréquent.
Exemple : une société emploie une secrétaire-dactylographe. L’évolution de la société l’a conduite à prendre en charge de nouveaux secteurs d’activités techniques en plus de ses activités classiques. Cette évolution technologique exige la transformation de l’emploi occupé par un salarié. L’emploi est transformé en un emploi de secrétaire de direction.
Quelque temps plus tard, l’employeur se voit contraint de licencier le salarié. Celui-ci n’avait pas la qualification requise pour occuper cet emploi malgré l’effort d’adaptation tenté par l’employeur au cours de l’année précédant le licenciement (Cass. Soc. 09.07.1997, N° 94-43.709).
Très souvent, la transformation d’emploi induira, en fait, une modification des fonctions et donc d’un élément essentiel du contrat de travail. En pratique, la suppression d’emploi ou la modification du contrat de travail sont bien plus fréquemment utilisées.